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Deux expressions reviennent dans les rendez-vous professionnels de ce début d’année : IA agentique et bataille de l’attention. Les Morning Talks de J’ai un pote dans la com les ont inscrites à leur programme 2026, à côté de la CTV. Les campagnes, elles, traduisent ces mots en réflexes concrets. Reste à séparer le signal durable de l’effet d’annonce. Je me suis appuyé pour cela sur les opérations du semestre et sur les études de Gartner, McKinsey, Morgan Stanley, Adobe, Brandwatch et Metricool.
L’IA agentique : de la production à l’action
Pendant deux ans, l’IA générative a surtout servi à produire — textes, visuels, voix off. 2026 ouvre une autre phase. Performics et Publicis Sapient ont lancé « Agentic Ready », une offre taillée pour le commerce piloté par agents. Le principe : un logiciel autonome qui interprète une intention (« des chaussures de trail sous 150 euros, livrées vendredi »), compare les offres, applique la meilleure remise et valide le panier, sans clic humain. Les cabinets donnent le tempo. Gartner table sur 33 % des logiciels d’entreprise dotés d’IA agentique en 2028, contre moins de 1 % en 2024. McKinsey (QuantumBlack, octobre 2025) chiffre entre 3 000 et 5 000 milliards le volume mondial de ventes que ces agents pourraient réorienter d’ici 2030. Morgan Stanley vise 190 à 385 milliards pour le seul e-commerce américain, soit 10 à 20 % du marché.
Les premiers signaux d’usage sont déjà là. Salesforce a mesuré, lors de la dernière Cyber Week, que 20 % des commandes avaient été influencées par un agent IA, dont 13,5 milliards de dollars de ventes directement pilotées aux États-Unis.
Reste que l’enthousiasme bute sur le terrain. Gartner prévoit l’abandon de 40 % des projets d’IA agentique d’ici 2027, et une étude du MIT chiffre à 95 % la part des pilotes d’IA générative qui ne dégagent aucun retour mesurable. Le règlement européen sur l’IA prévoit par ailleurs des amendes pouvant atteindre 7 % du chiffre d’affaires mondial pour les manquements les plus graves — même si le calendrier de ses obligations à haut risque vient d’être repoussé à fin 2027 par le « Digital Omnibus ». Pour les marques, ce que j’en tire est moins spectaculaire : le premier chantier, c’est de rendre ses données lisibles par des machines. C’est le sujet du GEO, l’optimisation pour les moteurs de réponse, que CyberCité et J’ai un pote dans la com ont mis sur la table lors d’un événement commun. Adobe Analytics a relevé une hausse de 4 700 % du trafic venu des IA génératives vers les sites marchands américains entre juillet 2024 et juillet 2025. Un site invisible pour ChatGPT ou Perplexity sort du champ de recommandation.
TikTok avant la TV : la séquence média s’inverse

Extrême a renversé l’ordre habituel pour sa campagne « Ice Cream », portée par le titre de Mika. Teasing sur les réseaux, révélation sur TikTok avec un challenge à la clé, diffusion télé le 20 avril. La marque de glaces a fait du social son point de départ, pas sa caisse de résonance. Le spot TV devient le dernier chapitre, plus le premier. Même logique chez Charlie’s Market, qui a branché TikTok directement sur son trafic en magasin, en drive-to-store. Candy’Up s’est de son côté associé au rappeur Keblack pour conquérir les réseaux sociaux — autre marque grand public qui prend la musique comme porte d’entrée.
La bascule a une contrepartie. Publier davantage ne paie plus : Metricool documente le décrochage entre volume de publication et performance réelle. Côté annonceurs, ça oblige à raisonner résonance plutôt que cadence — un réflexe encore minoritaire dans les plannings éditoriaux. La vidéo courte garde la main, mais l’arbitrage se joue désormais sur la première seconde, celle qui décide si l’utilisateur reste ou file. La CTV, déjà au programme des débats 2026, sera le prochain front de cette recomposition.
Défiance des audiences : retour à l’humain et au micro
Les marques paient une perte de confiance qui s’installe. L’étude State of Social 2026 de Brandwatch relève une hausse de 95 % des appels au boycott au premier semestre 2025, le plus souvent après une mauvaise expérience d’achat. La génération Z mène le mouvement. Réponse lisible dans les campagnes du semestre : moins de macro-influenceurs, davantage d’UGC et de micro-créateurs, jugés plus proches de leurs communautés et moins suspects de collectionner les contrats.
Le paradoxe saute aux yeux. L’IA n’a jamais autant produit : selon Metricool, 96 % des community managers s’en servent, dont 72,5 % au quotidien ; l’agence Influence Metrics estimait fin 2024 que six posts LinkedIn français sur dix étaient écrits, en tout ou partie, par une machine. Or les audiences réclament l’inverse — un visage, une voix, de l’aspérité — et plus de la moitié des utilisateurs se disent mal à l’aise face à des contenus IA non signalés. Tenir les deux suppose d’assumer une ligne éditoriale, là où beaucoup de marques préfèrent encore le contenu lisse qui ne froisse personne. C’est là, je crois, que se joue le vrai partage des eaux de l’année. Rien de tranché à ce stade : la transparence sur l’usage de l’IA reste le point dur.
La gamification pour capter une attention rare
Deux opérations du semestre misent sur le jeu. HelloFresh et leboncoin ont monté une chasse au trésor autour du dîner. iad a greffé « L’Annonce Cachée », une chasse au trésor digitale, sur les demi-finales du TOP 14. Le ressort est identique : faire passer le spectateur de passif à participant, en s’accrochant à un moment fort — un match, un repas — où l’attention est déjà captée.

La mécanique fonctionne quand la récompense est claire et le dispositif simple à comprendre. Elle s’essouffle vite dès qu’elle sent l’opération marketing à plein nez. Sur ce point, l’adossement à un événement sportif ou culturel fait souvent la différence entre une participation réelle et un gadget oublié en deux jours. La participation a un autre intérêt, rarement mis en avant : elle produit de la donnée first-party, précieuse à mesure que les cookies tiers se raréfient.
Marque à mission : le documentaire prend le pas sur le spot
Le semestre confirme un glissement du format court vers le récit long. Reporters sans frontières et l’agence The Good Company ont détourné des consignes de sécurité pour illustrer les dangers du métier de journaliste. VML a transformé le Palais de la Femme en conte pour l’Armée du Salut, avec « L’Odyssée de Nour ». « Les âmes cassées » a mis en lumière les blessures invisibles des soldats de 14-18. Le Crédit Mutuel a poussé son dividende sociétal avec Havas Paris Seven, Servier a relancé #BecauseIsayso sur l’hypertension, Orange Cyberdefense a sorti « Don’t Go to the Police », un documentaire sur la cybercriminalité, et Plastic Odyssey a débarqué en France avec Havas Play. ENGIE, accompagné par Publicis Conseil, a misé sur la simplicité plutôt que sur l’emphase verte.
L’engagement affiché expose autant qu’il protège. En trente ans de B2B, j’ai vu assez de causes mal incarnées — ou contredites par les pratiques de l’annonceur — se retourner contre la marque pour rester prudent ; avec des appels au boycott en hausse de 95 %, le risque ne fait que grandir. Le format documentaire a un mérite concret : il oblige à du fond, là où le spot de trente secondes laisse passer le slogan creux. À condition d’avoir quelque chose à montrer.
Le sport comme terrain d’expérience — et de crossover
Le sport sert de décor d’expérience plus que de simple panneau de sponsoring. PUMA et l’agence LAFOURMI ont fait de l’épreuve HYROX Paris un terrain de marque au Grand Palais. ASICS, avec « Get The Glow », a fait glisser l’effort physique vers le geste beauté — un passage du vestiaire à la salle de bain qui dit le brouillage des catégories produit. Plus modeste, Font-Romeu Pyrénées 2000 a bâti un univers de marque autour de sa luge sur rail, avec l’agence A la Une.

Le procédé tient pour les marques dont le produit assume la promesse physique. Greffé artificiellement, le territoire sportif sonne faux. Détail qui compte : l’expérience vécue — courir, transpirer, jouer — laisse une trace que l’affichage classique n’atteint plus, à l’heure où l’attention se monnaie cher.
Derrière les formats, la créativité devient un actif
Le déplacement le plus structurant n’est pas dans les campagnes, mais dans la manière de les juger. Cannes Lions 2026 a créé le Creative Brand Lion, qui ne récompense plus une opération isolée mais la façon dont une marque mobilise la créativité dans toute son organisation — culture, systèmes, équipes internes. La France y a été désignée Creative Country of the Year ; pour Simon Cook, patron de LIONS, le pays a érigé la créativité en ligne de conduite nationale. En parallèle, le secteur débat ouvertement de la frontière entre marque et performance, et de la place de l’agence comme tiers de confiance entre annonceur et plateformes.
Le fil rouge de 2026 tient pour moi en une tension simple : des agents automatisent l’achat pendant que les audiences réclament de l’humain et du vrai. Les marques qui s’en tirent sont celles qui gardent une décision humaine en amont — quoi dire, à qui, pourquoi — et en aval — quoi corriger une fois la machine lancée. C’est ce que je défends depuis des années : de l’intelligence humaine avant l’IA, de l’intelligence humaine après. La vraie question des douze prochains mois n’est pas quel outil adopter. C’est de savoir quelle part de jugement on garde quand les agents passent en production.
Sources
Campagnes 2026 et tendances — J’ai un pote dans la com
- Panorama des campagnes par catégorie : https://jai-un-pote-dans-la.com/campagnes/
- Campagnes social media (Charlie’s Market, Candy’Up x Keblack, « Les âmes cassées », Crédit Mutuel x Havas Paris Seven, Font-Romeu x A la Une…) : https://jai-un-pote-dans-la.com/campagnes/social-media/
- Extrême x Mika, « Ice Cream » — reveal TikTok avant la TV : https://jai-un-pote-dans-la.com/extreme-campagne-2026-mika-tiktok-tv/
- Étude : l’IA agentique et les stratégies de performance marketing (mention de l’offre « Agentic Ready » de Performics & Publicis Sapient) : https://jai-un-pote-dans-la.com/etude-ia-agentique-strategie-performance-marketing/
- Cannes Lions 2026 : Creative Brand Lion, France « Creative Country of the Year », Simon Cook (CEO, LIONS) : https://jai-un-pote-dans-la.com/cannes-lions-2026/
- Calendrier des événements 2026, dont les Morning Talks (IA agentique, bataille de l’attention, CTV) : https://jai-un-pote-dans-la.com/calendrier-evenements-2026-jai-un-pote-dans-la-com/
- Les tendances social media à suivre en 2026 (reprend les chiffres Brandwatch, Metricool et Influence Metrics) : https://jai-un-pote-dans-la.com/les-tendances-social-media-a-suivre-en-2026/
IA agentique & commerce — analystes
- Gartner — communiqué du 25 juin 2025 : 33 % des logiciels d’entreprise dotés d’IA agentique en 2028 (vs < 1 % en 2024) ; plus de 40 % des projets d’IA agentique abandonnés d’ici 2027 : https://www.gartner.com/en/newsroom/press-releases/2025-06-25-gartner-predicts-over-40-percent-of-agentic-ai-projects-will-be-canceled-by-end-of-2027
- McKinsey (QuantumBlack) — « Europe’s agentic commerce moment » : 3 000 à 5 000 Md$ orchestrés d’ici 2030 (s’appuie sur le rapport « The agentic commerce opportunity », 17 oct. 2025) : https://www.mckinsey.com/capabilities/quantumblack/our-insights/europes-agentic-commerce-moment-decision-influence-is-here-execution-is-coming
- Morgan Stanley Research — « Agentic Commerce » : 190 à 385 Md$ d’e-commerce US d’ici 2030 (10 à 20 % du marché) : https://www.morganstanley.com/insights/articles/agentic-commerce-market-impact-outlook
- Salesforce — communiqué Cyber Week 2025 (5 décembre 2025) : l’IA et les agents ont influencé 20 % des commandes mondiales (67 Md$), dont 13,5 Md$ aux États-Unis : https://www.salesforce.com/news/press-releases/2025/12/05/cyber-week-ai-agents-sales/
- Adobe (Adobe Digital Insights) — « Generative AI-powered shopping » : + 4 700 % de trafic issu des IA génératives vers les sites marchands US en juillet 2025 : https://business.adobe.com/blog/generative-ai-powered-shopping-rises-with-traffic-to-retail-sites
- MIT — Project NANDA, « The GenAI Divide: State of AI in Business 2025 » (juillet 2025) : 95 % des pilotes d’IA générative sans retour mesurable (couverture Fortune) : https://finance.yahoo.com/news/mit-report-95-generative-ai-105412686.html
Réglementation
- Règlement (UE) 2024/1689 (AI Act), texte officiel EUR-Lex — sanctions jusqu’à 35 M€ ou 7 % du CA mondial (art. 99) : https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/1689/oj
- « Digital Omnibus on AI » — proposition amendant le règlement, report des obligations « haut risque » à fin 2027 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=celex:52025PC0836
Note des sources : Les chiffres Brandwatch (State of Social 2026, + 95 % d’appels au boycott au S1 2025), Metricool (96 % des community managers utilisent l’IA, 72,5 % au quotidien) et Influence Metrics (6 posts LinkedIn FR sur 10 rédigés en tout ou partie par IA) sont repris tels quels de l’article « Les tendances social media à suivre en 2026 » de J’ai un pote dans la com, cité plus haut.



